« La RT 2024, c'est la RE 2020 ? » Cette question, je l'ai entendue trois fois le même mois, posée par un architecte, un maître d'ouvrage et un artisan qui avaient pourtant tous les trois lu le même arrêté. Voilà le vrai problème : la RT 2024 n'existe pas comme texte réglementaire unique. Derrière ce sigle que tout le monde emploie circule un mélange de RE 2020, de décret tertiaire et de règles de rénovation par élément. Autant dire que si vous cherchez un document officiel intitulé « RT 2024 », vous allez tourner longtemps.
Je vais démonter cette confusion, chiffres en main, en m'appuyant sur ce que je vois passer sur les chantiers et dans les dossiers de mes clients depuis deux ans. Pas de langue de bois : une bonne partie de ce qu'on lit en ligne sur la RT 2024 est faux, approximatif, ou recyclé d'articles datant d'avant 2024.
Points clés à retenir
- « RT 2024 » ne désigne aucune réglementation officielle unique : c'est un sigle populaire qui recouvre plusieurs cadres distincts.
- Pour le logement neuf, le texte applicable reste la RE 2020 (rebaptisée RE 2025 dans la nouvelle mouture prévue).
- Pour le tertiaire, c'est le décret BACS et le dispositif Éco Énergie Tertiaire qui dictent les obligations.
- Pour la rénovation, deux voies coexistent : par élément et globale, avec des exigences très différentes.
- Confondre ces cadres, c'est prendre le risque de rater une exigence et de bloquer son permis.
Ce que recouvre vraiment la « RT 2024 »
Le sigle RT signifie réglementation thermique. Historiquement, on a eu la RT 2005, puis la RT 2012, et tout le monde s'attendait logiquement à une RT 2020. Sauf que l'État a changé de nom en route : la RT 2020 est devenue la RE 2020, le E remplaçant le T pour « environnementale ». Le glissement n'est pas cosmétique. La RT 2012 visait la consommation d'énergie. La RE 2020 ajoute deux exigences que la RT ne connaissait pas : l'empreinte carbone des matériaux et le confort d'été.
Alors pourquoi tout le monde parle de RT 2024 ? Parce que plusieurs textes ont commencé à mordre en 2024, et que le grand public a fait l'amalgame. Je vois trois sources principales à cette confusion.
Trois textes distincts, un seul sigle trompeur
- L'extension de la RE 2020 à de nouveaux bâtiments tertiaires, qui s'est échelonnée sur 2023-2024 selon les surfaces.
- Le décret BACS, qui impose des systèmes d'automatisation et de contrôle dans les bâtiments tertiaires, avec des échéances qui tombent justement dans cette période.
- Les règles de rénovation énergétique (par élément ou globale) issues de l'arrêté du 3 mai 2007, encore pleinement en vigueur et régulièrement mises à jour.
Trois cadres. Trois logiques. Trois guichets. Et un seul mot employé par tout le monde. Vous comprenez pourquoi la question « je suis soumis à la RT 2024 ? » n'a pas de réponse unique.
RE 2020, RT 2024, RE 2025 : qui gouverne quoi ?
Pour le neuf (logements et bureaux principalement), c'est la RE 2020 qui s'applique depuis sa généralisation. Elle fixe des seuils en kgCO₂/m²/an sur les composants, un Bbio (besoin bioclimatique) et un Cep (consommation d'énergie primaire). Le grand public retient surtout le seuil des 4 kgCO₂/m²/an pour les maisons individuelles, mais c'est une simplification : les exigences varient selon le type de bâtiment et la zone géographique.
Pour 2026 et au-delà, une nouvelle mouture est annoncée et parfois appelée « RE 2025 » ou « RT 2025 » dans les discussions professionnelles. Le calendrier précis reste mouvant — je préfère vous le dire franchement plutôt que de vous donner une date que je ne peux pas garantir. Ce qui est stable : la logique RE 2020/RE 2025 s'applique au neuf.
Pour le tertiaire existant, oubliez RE et RT. Le texte qui compte, c'est le décret BACS et l'obligation de réduction des consommations finales de 40 % en 2030, 50 % en 2040, 60 % en 2050 par rapport à une année de référence (souvent 2010 ou une année postérieure si vous n'avez pas les données). Ces paliers ne bougent pas.
RT 2024 et bâti existant : ce qui s'applique réellement
Un client m'a appelé il y a quelques mois, paniqué : il venait de lire qu'une « RT 2024 » interdisait de louer les passoires thermiques. Faux. La règle existe, mais elle vient de la loi Climat et Résilience, pas d'une RT quelconque. C'est exactement le genre de confusion que ce sigle entretient.
Pour la rénovation, deux régimes coexistent.
La rénovation par élément, le garde-fou minimum
Quand vous remplacez un seul élément — une fenêtre, une chaudière, une isolation de toiture — vous devez respecter des performances minimales définies par l'arrêté du 3 mai 2007. Un exemple concret : une fenêtre posée en remplacement doit atteindre un certain Uw (coefficient de transmission thermique). Une chaudière doit respecter un rendement minimal. Ces exigences déclenchent une attestation de prise en compte de la réglementation, signée par l'installateur ou le maître d'œuvre.
Le « garde-fou » dont on parle souvent ici, c'est ça : même pour un petit chantier, vous ne pouvez pas poser n'importe quoi. Franchement, c'est là que je vois le plus de dossiers bâclés. Un artisan qui remplace une fenêtre sans mentionner Uw dans son devis, et l'attestation devient contestable.
La RT globale, plus contraignante mais plus cohérente
Si vos travaux de rénovation dépassent un certain seuil (souvent 25 % de la surface ou une rénovation lourde incluant plusieurs lots), vous basculez sur une exigence globale. Le bâtiment entier doit atteindre une performance cible. C'est plus exigeant, mais aussi plus logique : on arrête de traiter les postes isolément.
| Type de rénovation | Référence réglementaire | Attestation requise |
|---|---|---|
| Remplacement d'un seul élément | Arrêté du 3 mai 2007, par élément | Attestation élément par élément |
| Rénovation lourde | RT globale (arrêté du 3 mai 2007) | Attestation globale |
| Bâtiment tertiaire existant | Décret BACS + Éco Énergie Tertiaire | Déclaration sur plateforme OPERAT |
Le tableau ci-dessus fait froid dans le dos à lire, mais c'est la réalité administrative. Un seul chantier peut cumuler deux ou trois régimes différents selon ce que vous touchez.
Les erreurs que je vois le plus souvent
Une chose que j'ai apprise en accompagnant des projets : le problème n'est presque jamais technique. Il est administratif. Les gens confondent les cadres, remplissent la mauvaise attestation, ou croient que la RE 2020 s'applique à leur rénovation. Voici les pièges récurrents.
- Croire que la RE 2020 s'applique à la rénovation. Non : elle concerne le neuf.
- Ne pas produire l'attestation par élément pour un simple remplacement de chaudière.
- Confondre décret BACS (automatisation) et Éco Énergie Tertiaire (réduction des consommations). Ce sont deux obligations distinctes, cumulables.
- Attendre la fin du chantier pour vérifier les seuils. Trop tard.
- Sous-estimer le confort d'été, exigence nouvelle de la RE 2020 qui a fait capoter pas mal de projets mal conçus.
Sur ce dernier point, j'ai vu un projet de maison individuelle recalé parce que les calculs de température intérieure en été dépassaient le seuil réglementaire. Le maître d'ouvrage avait tout misé sur l'isolation, sans prévoir de protections solaires. Résultat : six semaines de retard et une refonte partielle des plans.
Questions qu'on me pose régulièrement
La RT 2024 est-elle obligatoire ?
Aucune réglementation ne porte officiellement ce nom, donc aucune obligation ne s'appelle ainsi. En revanche, les textes que le sigle recouvre sont, eux, bel et bien obligatoires : RE 2020 pour le neuf, décret BACS et Éco Énergie Tertiaire pour le tertiaire, arrêté du 3 mai 2007 pour la rénovation.
Quelle différence entre RT 2024 et RT 2025 ?
Les deux sont des appellations populaires. La mouture qui succédera à la RE 2020 est parfois appelée « RT 2025 » ou « RE 2025 ». Le contenu précis de cette évolution reste à confirmer dans les textes définitifs. Ce qui ne change pas : la logique environnementale (carbone, confort d'été) reste au cœur du dispositif.
Quand bascule-t-on de la rénovation par élément à la rénovation globale ?
Le seuil déclencheur dépend de la surface touchée et du type de travaux. En pratique, dès qu'une intervention dépasse un remplacement isolé, il faut vérifier si le régime global s'applique. C'est le point le plus technique à trancher, et c'est là qu'un accompagnement extérieur vaut son pesant de paperasse.
Ce qu'il faut retenir pour ne pas se tromper
Si vous ne retenez qu'une chose : arrêtez de chercher la RT 2024. Ce document n'existe pas. Identifiez votre situation — neuf, tertiaire existant, rénovation par élément ou globale — et lisez le texte qui correspond réellement. Le sigle populaire vous fera perdre du temps et, parfois, de l'argent.
Je vois passer trop de devis signés sur une compréhension floue. Un artisan qui vous parle de « conformité RT 2024 » sans citer de seuil chiffré ni de référence réglementaire précise, c'est un signal. Pas forcément de mauvaise foi, souvent d'ignorance. Mais dans les deux cas, c'est vous qui portez le risque.
Une dernière chose, plus désagréable. Le calendrier réglementaire français bouge vite, et une partie des articles que vous lirez en ligne — y compris celui-ci — deviendra obsolète dans deux ou trois ans. La seule stratégie solide n'est pas de mémoriser les seuils. C'est de comprendre quelle logique s'applique à quel type de chantier. Le reste suivra.